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La naturopathie en France : à quand la fin du flou juridique ?

  • Photo du rédacteur: Jean-Michel Solignac
    Jean-Michel Solignac
  • il y a 18 heures
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 29 minutes

Ni médecine reconnue ni profession réglementée, la naturopathie occupe un espace juridique ambigu en France. Entre praticiens sérieux et charlatans opportunistes, le droit pose des limites claires que beaucoup ignorent - parfois dangereusement.


La naturopathie en France : à quand la fin du flou juridique ?

Qu'est-ce que la naturopathie et quel est son statut légal?


La naturopathie est une approche dite «globale» de la santé qui s'appuie sur des techniques naturelles - alimentation, phytothérapie, massages bien-être, gestion du stress - pour accompagner le mieux-être d'une personne. Elle se distingue formellement de la médecine conventionnelle en ce qu'elle ne prétend pas, en théorie, diagnostiquer ni traiter des maladies.


Nota bene : En France, la naturopathie n'est pas une profession de santé réglementée au sens du Code de la santé publique. Il n'existe aucun diplôme d'État de naturopathe, aucun ordre professionnel ne supervise la pratique et n'importe qui peut légalement s'installer comme praticien après une formation privée de quelques mois. La qualité de ces cursus varie considérablement d'un établissement à l'autre et aucune instance publique n'en contrôle le contenu.

Le spectre de l'exercice illégal de la médecine : une frontière que la loi trace clairement


C'est ici que le droit intervient avec fermeté. L'article L4161-1 du Code de la santé publique définit l'exercice illégal de la médecine comme le fait de poser un diagnostic, de prescrire un traitement ou de pratiquer des actes de soin sur une personne sans être titulaire du diplôme de docteur en médecine et inscrit à l'Ordre des médecins.


La sanction prévue est sévère : jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende, pouvant monter à cinq ans et 75 000 euros en cas de récidive ou lorsque l'infraction a entraîné une incapacité totale de travail.


La jurisprudence française a eu l'occasion de rappeler ces limites à plusieurs reprises. Des naturopathes ont été condamnés par des tribunaux correctionnels pour avoir conseillé à des patients atteints de pathologies graves - des cancers notamment - d'abandonner leur traitement médical au profit de protocoles naturopathiques. Dans ces affaires le juge a retenu que le praticien avait posé un acte assimilable à un diagnostic en qualifiant l'état du patient et en lui prescrivant une «alternative thérapeutique». Le terme «naturopathe» ne constitue en rien un bouclier juridique.


La difficulté tient au fait que la ligne entre «conseil de bien-être» - légal - et «acte médical déguisé» - illégal - est ténue et souvent franchie par des praticiens peu formés ou peu scrupuleux.

Diplômes privés et anarchie du marché : le terreau des dérives


Le marché de la formation en naturopathie est aujourd'hui saturé. Des centaines d'organismes proposent des certifications au titre parfois ronflant - «diplôme de naturopathe certifié», «master de santé naturelle» - sans aucune reconnaissance par le ministère de l'Enseignement supérieur. Certaines de ces formations se déroulent intégralement en ligne en quelques semaines.


Cette absence de cadre réglementaire ouvre grand la porte aux pratiques abusives. Lorsqu'un patient consulte un «naturopathe» sans vérifier ses qualifications réelles il prend un risque documenté : celui de recevoir des conseils incompatibles avec une pathologie existante ou dangereux en cas d'interaction avec un traitement médical en cours.


Des organismes professionnels comme la Fédération Française de Naturopathie (FENA) tentent d'établir des standards internes mais leur adhésion reste volontaire et leur pouvoir disciplinaire inexistant face aux praticiens non membres.

Pourquoi les profils hybrides changent la donne : pharmaciens, infirmiers


Dans ce paysage incertain certains praticiens se distinguent par une crédibilité que leur confère une double formation. C'est précisément le cas de Claire Alcalay, naturopathe installée à Dijon et titulaire d'un doctorat en pharmacie délivré par l'État.

Et elle n'est pas la seule dans cette situation en France, une simple recherche sur le web vous permettra de trouver des profils similaires dans votre région.


Ce profil hybride n'est pas anecdotique sur le plan juridique. Un docteur en pharmacie est soumis à l'Ordre national des pharmaciens, une instance disciplinaire indépendante disposant d'un pouvoir réel de sanction, de suspension ou de radiation. Cette responsabilité professionnelle encadrée est totalement absente chez un naturopathe sans titre de santé reconnu.


Sur le fond la formation pharmaceutique apporte une maîtrise des mécanismes biochimiques, de la pharmacocinétique et des interactions médicament-plante que la naturopathie seule n'enseigne pas. Lorsqu'une telle praticienne oriente un patient vers des compléments alimentaires ou de la phytothérapie elle le fait avec une grille d'analyse scientifique qui réduit considérablement le risque iatrogène (c'est-à-dire le risque qu'une intervention de soin cause elle-même un dommage). C'est une différence de fond, pas d'image. Pour le patient consulter un praticien cumulant ces deux qualités c'est bénéficier d'une approche globale sans renoncer à la sécurité que le statut réglementé d'une profession de santé garantit.


La naturopathie est-elle légale en France?

Oui, son exercice est légal à condition que le praticien ne pose pas de diagnostic médical, ne prescrive pas de médicaments et n'effectue pas d'actes réservés aux professionnels de santé. La frontière avec l'exercice illégal de la médecine est définie par l'article L4161-1 du Code de la santé publique.


Un naturopathe peut-il remplacer un médecin?

Non (absolument pas) et le droit est formel sur ce point. Toute démarche visant à substituer un accompagnement naturopathique à un suivi médical pour une pathologie avérée expose le praticien à des poursuites pénales et le patient à un danger réel.


Comment vérifier sérieusement les qualifications d'un naturopathe?

Il convient de vérifier si le praticien dispose d'un titre de santé reconnu par l'État (médecin, pharmacien, infirmier, kinésithérapeute...) en complément de sa formation naturopathique. L'inscription à un ordre professionnel de santé est la garantie la plus solide de responsabilité disciplinaire effective.


Existe-t-il un encadrement européen de la naturopathie?

La situation varie selon les États membres. L'Allemagne reconnaît le statut de «Heilpraktiker» avec un encadrement légal spécifique. En France aucune disposition européenne n'a été transposée pour créer un statut réglementé de naturopathe (au grand dam du Syndicat des professionnels de la naturopathie SPN qui appelle à plus de réglementation pour éviter les abus). Le Parlement européen a reconnu les médecines non conventionnelles dans certaines résolutions mais ces textes n'ont aucune force contraignante en droit interne français.

 
 

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