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Centrales solaires et valorisation foncière : les enjeux juridiques du bail emphytéotique photovoltaïque

  • Photo du rédacteur: Jean-Michel Solignac
    Jean-Michel Solignac
  • il y a 2 jours
  • 8 min de lecture

Le déploiement massif des fermes solaires en France soulève une question contractuelle majeure que trop de propriétaires et de collectivités découvrent tardivement : comment sécuriser juridiquement la mise à disposition de son terrain sur plusieurs décennies?


Centrales solaires et valorisation foncière : les enjeux juridiques du bail emphytéotique photovoltaïque

À propos du bail emphytéotique photovoltaïque


Un bail emphytéotique photovoltaïque est un contrat de location de très longue durée (généralement entre 18 et 99 ans) par lequel un propriétaire foncier (bailleur emphytéotique) concède la jouissance d'un terrain à un développeur ou exploitant d'énergie solaire (preneur emphytéotique ou emphytéote).


Ce preneur s'engage à verser un loyer annuel substantiel et à édifier une installation photovoltaïque sur la parcelle. Ce mécanisme contractuel repose sur les articles L.451-1 et suivants du Code rural et de la pêche maritime ainsi que sur l'article L.2341-1 du Code général de la propriété des personnes publiques pour les baux emphytéotiques administratifs conclus par les collectivités.


La particularité fondamentale de ce bail réside dans sa durée exceptionnelle qui engage irrévocablement les deux parties sur plusieurs générations. Cette caractéristique temporelle exige une vigilance juridique accrue dès la phase de négociation précontractuelle qui débute souvent par la signature d'une promesse de bail ou d'un protocole d'accord. Il convient de rappeler qu'en application de la jurisprudence constante de la Cour de cassation une promesse de bail vaut bail dès lors qu'elle comporte les éléments essentiels du contrat définitif (chose, prix, durée). Cette requalification potentielle implique que chaque clause négociée dès le stade prénégociatoire revêt une portée juridique contraignante qu'il serait périlleux de négliger.


Les points de friction contractuelle dans la phase de négociation


La négociation d'un bail emphytéotique photovoltaïque cristallise plusieurs tensions juridiques structurelles. Le premier point de friction concerne évidemment la détermination du montant du loyer annuel par hectare qui oscille selon les projets entre 3000 et 12000 euros par hectare et par an. Cette fourchette extrêmement large s'explique par la combinaison de facteurs techniques (ensoleillement mesuré en kWh/m²/an, proximité d'un poste source Enedis ou RTE pour le raccordement électrique, topographie du terrain) et de facteurs réglementaires (zonage du Plan Local d'Urbanisme, éligibilité aux dispositifs de soutien étatique comme l'Obligation d'Achat ou le Complément de Rémunération).


Les propriétaires qui négocient seuls sans assistance technique se retrouvent fréquemment dans une situation d'asymétrie informationnelle majeure face à des développeurs rompus à ces négociations. La sous-évaluation du loyer constitue un préjudice financier considérable sur la durée totale du bail qui peut représenter plusieurs centaines de milliers d'euros de manque à gagner.


Le deuxième point de friction porte sur les conditions suspensives et résolutoires qui jalonnent le bail. Les développeurs insèrent généralement des clauses conditionnant la levée d'option à l'obtention du permis de construire (délivré au titre de l'article R.421-1 du Code de l'urbanisme), à la signature d'un contrat d'achat garanti avec EDF Obligation d'Achat ou à la sécurisation d'un raccordement électrique à un coût acceptable. Ces conditions suspensives peuvent prolonger la période d'immobilisation du terrain pendant trois à cinq ans durant lesquels le propriétaire perçoit généralement une indemnité d'immobilisation dérisoire (quelques centaines d'euros par an) alors que son terrain se trouve gelé juridiquement et économiquement. La rédaction de ces clauses doit impérativement prévoir des délais butoirs précis au-delà desquels la promesse de bail devient caduque de plein droit sans nécessité de mise en demeure.


La responsabilité contractuelle et les garanties financières du preneur


Un élément juridique crucial et pourtant trop souvent négligé concerne les garanties financières et les mécanismes de sécurisation du paiement des loyers sur toute la durée du bail. Contrairement à un bail commercial classique régi par le Code de commerce les baux emphytéotiques relèvent du droit civil et du droit rural ce qui prive le bailleur de certaines protections automatiques comme le privilège du bailleur d'immeuble. Il devient donc impératif de négocier contractuellement l'insertion de garanties bancaires de premier rang (garantie autonome à première demande délivrée par un établissement bancaire de premier ordre) ou de cautions solidaires accordées par la société mère du développeur lorsque celui-ci constitue une société de projet ad hoc sans actifs propres. La pratique courante des développeurs consistant à créer une Special Purpose Vehicle (SPV) pour porter chaque projet photovoltaïque permet de cloisonner les risques financiers mais expose corrélativement le bailleur à un risque de défaillance si cette SPV n'est pas adossée à des garanties externes solides.


La question de la responsabilité en cas de dommages environnementaux ou de pollution du sol constitue également un enjeu majeur. Les installations photovoltaïques au sol nécessitent des travaux de terrassement, d'ancrage (pieux battus ou vissés) et parfois de drainage qui peuvent altérer durablement la structure du terrain.


Le bail doit impérativement prévoir les obligations de remise en état du site en fin d'exploitation avec constitution d'une provision financière dédiée (généralement sous forme de garantie bancaire ou de compte séquestre) suffisante pour couvrir les coûts réels de démantèlement estimés entre 50000 et 150000 euros par hectare selon la configuration de l'installation. L'article L.512-6-1 du Code de l'environnement impose certes aux exploitants d'installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) de constituer des garanties financières mais tous les parcs photovoltaïques ne relèvent pas systématiquement du régime ICPE notamment ceux d'une puissance inférieure à certains seuils.


En l'absence de réglementation contraignante c'est donc au contrat de prévoir ces mécanismes de sécurisation.


Les clauses de prorogation et de cession : verrouiller les droits du bailleur


Les clauses de prorogation automatique du bail constituent un autre point de vigilance critique. Nombreux sont les baux emphytéotiques qui prévoient une durée initiale de 30 ans assortie de mécanismes de reconduction tacite ou de prorogation automatique pour des périodes successives de 10 ou 15 ans sauf dénonciation expresse par l'une des parties moyennant un préavis de plusieurs années. Ces mécanismes de prorogation doivent être encadrés avec une extrême précision pour éviter que le propriétaire ou ses ayants droit ne se retrouvent piégés dans un bail perpétuel alors que les conditions économiques initiales (montant du loyer notamment) ne correspondent plus à la réalité du marché plusieurs décennies plus tard. Il convient donc de négocier des clauses de révision quinquennale ou décennale du loyer indexées non seulement sur l'indice des loyers commerciaux (ILC) ou l'indice des loyers des activités tertiaires (ILAT) mais également sur les tarifs de rachat de l'électricité et sur les revenus réels générés par la centrale solaire pour maintenir un équilibre économique contractuel conforme aux dispositions de l'article 1195 du Code civil relatif à l'imprévision.


Les clauses de cession du bail méritent également une attention soutenue. Les développeurs photovoltaïques construisent rarement les installations pour les exploiter jusqu'au terme du bail. La pratique courante consiste à développer le projet jusqu'à l'obtention du permis de construire et de l'autorisation de raccordement puis à céder l'intégralité du projet (terrain sous bail, autorisations administratives, contrat d'achat d'électricité) à un investisseur institutionnel ou à un fonds d'infrastructure spécialisé. Cette cession peut intervenir dès la phase de construction ou quelques années après la mise en service de la centrale. Le bail doit impérativement prévoir que toute cession du bail ou tout changement de contrôle du preneur emphytéotique est soumis à l'agrément préalable du bailleur et que le cessionnaire doit présenter des garanties financières au moins équivalentes à celles du cédant initial. L'absence de telles clauses expose le propriétaire à se retrouver lié contractuellement avec un opérateur qu'il n'a jamais choisi et dont la solvabilité peut s'avérer défaillante.


L'articulation complexe entre bail rural et bail emphytéotique en contexte agrivoltaïque


L'émergence de l'agrivoltaïsme, cette pratique consistant à combiner production agricole et production d'électricité photovoltaïque sur une même parcelle, a introduit une complexité juridique supplémentaire avec la promulgation de la loi n°2023-175 du 10 mars 2023 relative à l'accélération de la production d'énergies renouvelables (dite loi APER) et du décret n°2024-318 du 8 avril 2024 relatif aux installations photovoltaïques agrivoltaïques. Ces textes imposent désormais que l'activité agricole demeure l'activité principale et que l'installation photovoltaïque apporte des services directs à cette exploitation agricole (protection contre les aléas climatiques, amélioration du bien-être animal, optimisation de l'usage de l'eau). Cette exigence réglementaire nouvelle se heurte frontalement à la logique juridique traditionnelle du bail rural régi par le statut du fermage (articles L.411-1 et suivants du Code rural) qui protège le preneur agricole par un ensemble de règles d'ordre public interdisant notamment toute sous-location ou tout changement de destination des parcelles sans autorisation expresse du bailleur.


La coexistence d'un bail rural préexistant et d'un projet agrivoltaïque nécessite donc soit la résiliation amiable du bail rural pour conclure un bail emphytéotique permettant l'implantation des panneaux solaires soit la conclusion d'un avenant au bail rural autorisant l'installation photovoltaïque ce qui soulève d'épineuses questions quant à la répartition des revenus locatifs entre le propriétaire foncier et l'exploitant agricole titulaire du bail rural. Certains montages juridiques prévoient que l'exploitant agricole perçoit directement le loyer photovoltaïque en contrepartie d'un fermage agricole légèrement majoré versé au propriétaire mais cette solution peut se heurter au contrôle des structures agricoles et aux plafonds de fermage fixés par arrêté préfectoral. D'autres schémas contractuels privilégient un partage du loyer photovoltaïque entre propriétaire et exploitant selon une clé de répartition négociée (par exemple 70% pour le propriétaire et 30% pour l'exploitant) mais ces montages doivent être sécurisés par des actes notariés précis pour éviter toute requalification ultérieure ou toute contestation par les ayants droit ou les créanciers de l'une ou l'autre partie.


Les contentieux émergents et la jurisprudence en construction


Le contentieux relatif aux baux emphytéotiques photovoltaïques demeure encore relativement limité en raison de la jeunesse de cette pratique contractuelle (les premiers parcs solaires au sol datent seulement d'une quinzaine d'années en France) mais plusieurs lignes de fracture contentieuse commencent à émerger. On observe notamment des litiges portant sur l'interprétation des clauses de révision de loyer lorsque les parties ont négligé de préciser les modalités concrètes d'application de ces révisions. La Cour de cassation a rappelé dans plusieurs arrêts récents que les clauses d'indexation doivent être rédigées avec une précision suffisante pour être directement applicables sans nécessiter une nouvelle négociation entre les parties faute de quoi le juge peut être conduit à écarter ces clauses au profit d'une indexation légale subsidiaire moins favorable au bailleur.


D'autres contentieux portent sur l'exécution des obligations de remise en état en fin de bail. Plusieurs propriétaires se sont retrouvés confrontés à des développeurs défaillants ou à des sociétés de projet liquidées sans que les garanties financières initialement prévues ne soient encore constituées ou maintenues. Ces situations révèlent l'importance capitale d'un suivi contractuel rigoureux durant toute la durée du bail avec vérification annuelle du maintien des garanties bancaires et mise en demeure immédiate en cas de défaillance. Le propriétaire qui ne contrôle pas régulièrement ces aspects peut se retrouver démuni au moment du démantèlement avec un terrain encombré de milliers de panneaux solaires, de structures métalliques et de câblages électriques dont le coût d'enlèvement excédera largement la valeur résiduelle du foncier.


Le rôle déterminant du conseil juridique indépendant dans la sécurisation contractuelle, le cas de "Solaire Conseil"


Face à cette complexité juridique multidimensionnelle qui entrelace droit des contrats, droit rural, droit de l'urbanisme, droit de l'environnement et droit de l'énergie, l'accompagnement par un conseil juridique indépendant spécialisé dans le secteur photovoltaïque s'impose comme une nécessité absolue.


La pratique démontre que les propriétaires qui négocient seuls obtiennent des conditions locatives significativement moins avantageuses (différence pouvant atteindre un facteur multiplicateur de 2 à 4 sur le montant du loyer annuel) et acceptent des clauses contractuelles déséquilibrées qui les exposent à des risques juridiques et financiers majeurs.


L'intervention d'un cabinet spécialisé comme Solaire Conseil qui revendique une indépendance totale vis-à-vis des développeurs (aucune commission perçue de leur part) permet de rééquilibrer fondamentalement le rapport de forces durant la négociation.

L'expertise technique de ce type de structure portant sur l'évaluation du potentiel photovoltaïque (analyse de l'irradiance solaire du site, estimation de la productivité prévisionnelle en MWh/an, calcul du taux de rentabilité interne du projet pour le développeur) combinée à une maîtrise juridique fine des mécanismes contractuels propres aux baux emphytéotiques permet d'identifier précisément les marges de négociation réelles et de maximiser la valeur locative tout en sécurisant les engagements contractuels sur le très long terme.


Cette approche globale intègre également la dimension administrative et réglementaire du projet avec analyse de la conformité du projet au Plan Local d'Urbanisme (vérification du zonage et des règlements applicables), identification des contraintes environnementales (présence éventuelle de zones Natura 2000, de zones humides réglementaires, de périmètres de protection de monuments historiques) et anticipation des procédures d'autorisation nécessaires (permis de construire, autorisation au titre de la loi sur l'eau si défrichement ou imperméabilisation significative, enquête publique pour les projets de grande ampleur).


Cette vision d'ensemble permet de sécuriser la faisabilité juridique du projet en amont et d'éviter les situations dramatiques où un propriétaire découvre après signature du bail que le projet ne pourra finalement pas obtenir les autorisations administratives nécessaires le laissant avec un terrain immobilisé pendant plusieurs années sans percevoir aucun loyer substantiel.

 
 

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