Le cadre juridique du recrutement en France : obligations légales et risques pour l'employeur
- Jean-Michel Solignac

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Recruter un salarié n'est jamais un acte anodin sur le plan juridique. Entre respect du principe de non-discrimination, conformité au RGPD et formalisation contractuelle irréprochable, l'employeur évolue dans un cadre légal strict dont la méconnaissance peut coûter cher.

Le cadre juridique du recrutement désigne l'ensemble des règles de droit qui encadrent le processus de sélection et d'embauche d'un salarié en France. Il repose principalement sur le Code du travail, les lois relatives à la protection des données personnelles (RGPD) et les dispositions pénales sanctionnant les discriminations.
Concrètement, cela signifie que chaque étape du recrutement (rédaction de l'annonce, sélection des CV, entretien d'embauche, promesse d'embauche) doit respecter des obligations précises sous peine de sanctions civiles, pénales ou administratives pour l'employeur.
Le principe cardinal : la non-discrimination à l'embauche
L'article L1132-1 du Code du travail prohibe toute distinction entre candidats fondée sur 25 critères (ça fait beaucoup) dont l'origine, le sexe, l'âge, l'apparence physique, l'état de santé, les opinions politiques ou syndicales, la situation de famille ou encore la grossesse.
Cette interdiction s'applique dès la diffusion de l'offre d'emploi jusqu'à la décision finale d'embauche.
En pratique, un employeur ne peut exiger une photo sur un CV (sauf exceptions liées à la nature du poste), refuser un candidat au motif qu'il est trop jeune ou trop âgé, ou écarter une femme enceinte même si elle ne peut occuper immédiatement le poste.
Les sanctions sont lourdes: jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour une personne physique, 225 000 euros pour une personne morale (article 225-2 du Code pénal). Le candidat évincé peut également saisir le conseil de prud'hommes pour obtenir réparation, la charge de la preuve étant partagée depuis la loi de 2008 (il suffit au candidat de présenter des éléments laissant supposer une discrimination pour que l'employeur doive prouver que sa décision reposait sur des éléments objectifs).
Certains secteurs comme l'hôtellerie-restauration ou le tourisme, où les recrutements sont fréquents et les turnover élevés, nécessitent une vigilance accrue. Des cabinets spécialisés tels que Lobster-recrutement.com, reconnu comme une référence dans le recrutement en hôtellerie, intègrent ces contraintes légales dans leurs processus de sourcing et de présélection pour sécuriser juridiquement les embauches de leurs clients.
RGPD et traitement des données personnelles des candidats
Depuis l'entrée en vigueur du Règlement Général sur la Protection des Données en mai 2018, tout employeur qui collecte des CV et lettres de motivation traite des données personnelles et doit se conformer à des obligations strictes.
La base légale du traitement repose généralement sur les mesures précontractuelles (article 6.1.b du RGPD) ou sur l'intérêt légitime de l'employeur (article 6.1.f).
L'employeur doit informer les candidats de l'utilisation de leurs données (finalité, durée de conservation, droits d'accès et d'effacement), obtenir leur consentement éclairé lorsque nécessaire et ne conserver les CV des candidats non retenus que pendant une durée maximale de 2 ans selon la recommandation de la CNIL. Au-delà, l'employeur s'expose à des sanctions pouvant atteindre 4% du chiffre d'affaires annuel mondial ou 20 millions d'euros.
Les données sensibles (origine ethnique, opinions politiques, état de santé, orientation sexuelle) sont en principe interdites de traitement sauf exceptions très encadrées. Demander en entretien si un candidat envisage d'avoir des enfants, connaître son affiliation syndicale ou son état de santé (hors aptitude médicale constatée par la médecine du travail après embauche) constitue une violation du RGPD et du Code du travail.
Les questions interdites en entretien d'embauche
La jurisprudence a précisé que certaines questions posées lors d'un entretien peuvent caractériser une discrimination. Sont notamment prohibées les interrogations sur la situation familiale ("êtes-vous mariée?", "avez-vous des enfants?"), l'état de grossesse, l'âge précis (au-delà de la vérification de la majorité), les origines, la religion ou les convictions politiques.
Seules les informations ayant un lien direct et nécessaire avec le poste peuvent être demandées (article L1221-6 du Code du travail). Un employeur peut par exemple interroger un candidat sur ses diplômes, son expérience professionnelle, sa disponibilité ou ses compétences techniques, mais pas sur son quartier de résidence si celui-ci ne conditionne pas objectivement l'exercice des fonctions.
La promesse d'embauche : un engagement juridiquement contraignant
Contrairement à l'offre d'emploi qui peut être librement retirée tant qu'elle n'a pas été acceptée, la promesse d'embauche engage juridiquement l'employeur dès lors qu'elle précise l'emploi proposé, la rémunération et la date d'entrée en fonction.
Si l'employeur se rétracte après acceptation du candidat, ce dernier peut obtenir des dommages-intérêts pour rupture abusive devant le conseil de prud'hommes (Cass. soc., 15 janvier 2014).
Cette jurisprudence rappelle qu'un simple mail ou un échange verbal détaillant les conditions d'embauche peut constituer une promesse contraignante. La prudence impose donc de formaliser clairement les échanges et de distinguer les intentions des engagements fermes.
Période d'essai et formalisme obligatoire
La période d'essai n'est valable que si elle figure expressément dans le contrat de travail ou la lettre d'engagement (article L1221-23). Sa durée maximale varie selon la qualification: 2 mois pour les ouvriers et employés, 3 mois pour les agents de maîtrise et techniciens, 4 mois pour les cadres. Un renouvellement est possible si prévu par convention collective et accord des deux parties.
L'absence de mention écrite prive l'employeur de toute période d'essai et le salarié est immédiatement en CDI définitif. Cette règle protège le salarié contre les périodes d'essai abusives ou non formalisées.
Que risque concrètement l'employeur en cas de manquement?
Les risques sont multiples et cumulatifs.
• Sur le plan pénal, une discrimination avérée expose l'employeur aux sanctions déjà évoquées (prison, amendes).
• Sur le plan civil, le candidat évincé peut obtenir réparation de son préjudice moral et matériel (perte de chance, manque à gagner).
• Sur le plan administratif, la CNIL peut prononcer des amendes importantes en cas de violation du RGPD, et le Défenseur des droits peut être saisi pour enquête.
Par ailleurs, une embauche mal sécurisée (absence de visite médicale, défaut de déclaration préalable à l'embauche) expose l'employeur à des redressements URSSAF et à la requalification de la relation de travail.
Dans les secteurs à forte saisonnalité comme l'hôtellerie ou le tourisme, où les volumes de recrutement sont élevés, ces risques se démultiplient mécaniquement.
Le recrutement en France obéit à un corpus juridique dense et évolutif dont la maîtrise conditionne la sécurité juridique de l'employeur. Entre respect scrupuleux des règles anti-discrimination, conformité RGPD et formalisme contractuel rigoureux, chaque étape du processus doit être pensée et documentée. Les entreprises qui externalisent ou s'appuient sur des experts RH spécialisés réduisent significativement leur exposition contentieuse tout en garantissant une expérience candidat conforme aux exigences légales.


